PROJET-CARTES

Lorsque nous avons commencé à travailler sur le sujet du Concours National de la Résistance et de la Déportation, nous avons découvert ce document. Nous avons été frappés par cette carte car elle nous a révélé le phénomène concentrationnaire, son ampleur et surtout sa présence dans presque tout l’espace européen.

Carte du système concentrationnaire nazi en Europe.

Afin de mieux comprendre ce que le contenu de la carte signifiait, nous avons travaillé avec la légende et également avec des parcours de témoins.

Grâce à la légende, nous nous sommes rendus compte de la diversité des camps et nous avons compris que cela renvoyait à des déportations différentes et à une multitude d’histoires personnelles.

 

Nous avons d’abord constaté que, pour beaucoup de témoins, ils avaient d’abord connu une phase d’internement ou d’emprisonnement.

Soit dans des camps (par exemple en France à Drancy, Compiègne…, en Belgique à Malines, ou aux Pays-Bas à Westerbork) et aussi dans les ghettos, ces quartiers à l’intérieur des villes en Europe centrale et orientale où les SS regroupaient les Juifs et les isolaient.

 

Puis, en fonction de leur histoire, selon qu’ils étaient résistants, déportés dits « de répression » ou Juifs, déportés dits « de persécution », les témoins étaient envoyés dans des camps différents car la déportation subie par les résistants et celle subie par les Juifs n’était pas la même.

Les résistants étaient envoyés vers les camps de concentration, créés en grande partie sur le territoire allemand.

Alors que les Juifs étaient envoyés vers les centres d’assassinats systématiquement, conformément à l’idéologie raciale nazie. Ces centres étaient situés à l’est sur le territoire polonais. Il s’agit de Chelmno, Treblinka, Belzec et Sobibor.

 

Entre les deux types évoqués, on constate l’existence de camps qui ont une double fonction ; comme Majdanek ou Auschwitz-Birkenau mais là, en lien avec la réalité de ce qu’on appelle la « sélection », la notion de camp reste toujours secondaire par rapport à celle de lieu d’assassinat, car les Juifs qui entraient au camp n’étaient qu’en sursis.

 

Vue aérienne du complexe Auschwitz (sur la gauche) et Birkenau (sur la droite). On remarque la voie ferrée au centre, la rampe où arrivaient les convois jusqu’au printemps 1944.

 

Nous avons choisi d’illustrer cela en nous appuyant sur le parcours de deux témoins et sur la différence des lieux qu’ils ont connus : le parcours de Floréal Barrier et celui de Rudolf Redder.

Biographie de Floréal Barrier, déporté pour faits de résistance.

Floréal Barrier était un résistant communiste français, résistant de la première heure : il est arrêté en février 1943.

Parcours de Floréal Barrier, résistant communiste français.

Après avoir été interné à Bayonne puis Bordeaux il est transféré au camp d’internement de Compiègne d’où il est déporté à Buchenwald.

Vue aérienne du camp d’internement de Compiègne (France).

Si l’on s’appuie sur l’analyse des plans des différents camps, il est facile de comprendre quelle était la finalité de ce camp et donc le traitement réservé à l’homme.

Le plan du camp de Compiègne montre qu’il s’agissait d’un lieu où les déportés étaient en attente. Nous n’y voyons que des logements, des baraques dans un camp entouré de barbelés. Nous ne voyons pas de structures particulières ici.

Vue aérienne du camp de concentration de Buchenwald (Allemagne). On y repère très nettement les différentes parties du camp.

En ce qui concerne le plan de Buchenwald, les choses sont différentes. Le camp, conçu rationnellement par l’architecte Kuiper, a ouvert en juillet 1937. Dans le camp, on distingue une vaste ceinture de barbelés électrifiés, jalonnée de 22 miradors, une place d’appel à l’entrée du camp, 67 baraques en pierre ou en bois qui abritent les détenus.

Il existe des bâtiments et des lieux spécialisés, un revier, (c’est une sorte d’infirmerie destinée aux prisonniers), un block pour y faire des expériences médicales, des baraques de désinfection, des étuves pour le linge, une prison, un crématoire et un lieu d’exécution.

Schéma présentant Buchenwald, camp souche et ses différents kommandos.

Tous ces éléments nous informent sur la réalité du camp et sur le sort réservé aux hommes. Il s’agit ici d’un camp de concentration où la négation de l’individu est omniprésente. Ici, les détenus sont assignés à des kommandos de travaux forcés où la violence règne et où les nazis épuisent l’homme jusqu’à la mort.

Le camp n’a cessé de s’agrandir.

238.980 détenus ont été immatriculés à Buchenwald.

Le nombre officiel des morts enregistrés est de 56.540.

Biographie de Rudolf Reder, chimiste, issu d’une famille juive.

Rudolf Reder, lui, était issu d’une famille juive, chimiste dans une usine de savon. Il habitait dans la ville de Lwow à l’est de la Pologne.

Parcours de Rudolf Reder, déporté du ghetto de Lwow au centre de mise à mort de Belzec.

Enfermé dans le ghetto, il est ensuite déporté au centre d’assassinat de Belzec le 16 août 1942 ; mais il n’est pas assassiné, il est choisi comme travailleur ; il doit creuser des fosses communes et nettoyer les chambres à gaz. Il fait ainsi partie du Sonderkommando, directement en contact avec le génocide.

Fin novembre 1942, il parvient à s’échapper et reste caché jusqu’à l’arrivée des troupes soviétiques, en juillet 1944.

Son témoignage est précieux car très peu de personnes ont survécu à ce lieu.

Plan du centre de mise à mort de Belzec (Pologne).

Et là encore, l’analyse de l’organisation de l’espace du camp en révèle bien la fonction : il n’y a pas ou très peu de baraques prévues pour les prisonniers parce que les personnes sont assassinées immédiatement.

Ici, pas de place d’appel, pas de revier ; donc ce n’est pas un camp mais un lieu d’assassinat.

Des lieux spécialisés nous le prouvent, on y repère des lieux de crémation, des chambres à gaz et des fosses. Les quelques baraques présentes servent à héberger les responsables du camp et les membres du Sonderkommando.

Aire géographique des déportations vers Belzec.

Près de 600 000 personnes ont été assassinées à Belzec et une petite carte montre l’aire géographique régionale des villes et villages d’où les Juifs ont été conduits à Belzec.

Evidemment, il faut comprendre « comment ». Et là c’est la réalité historique. La réalité d’un crime de masse. Ces personnes étaient asphyxiées par les gaz d’échappement de puissants moteurs.

Les corps des victimes furent entassés dans des fosses puis, comme les SS voulurent effacer les traces de l’assassinat, ils firent extraire les corps par d’autres Juifs pour les incinérer.

 

Laurine, Achille, Violette et Robin.

 

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